Saison 2024/2025

LES CRÉATIONS

CRÉATION DE TEXTE
DU 11 AU 15 MARS 2025

Du mardi au samedi à 19h30 / Relâche le jeudi soir
 

© Cie Liria

 
Avec
Brahim Ahmadouche
Sabrina Bus
Jeanne Guillon-Verne
Simon Pitaqaj

Assistant à la mise en scène
Henry Lemaigre

Dramaturgie
Jean-Baptiste Evette

Création sonore
Victor Pitoiset

Création lumières
Flore Marvaud

Scénographie et décors
Julie Bossard

Costumes
Hanna Sjodin
 

Mardi 11 mars 2025
Rencontre

Avec Simon Pitaqaj
et l'équipe de création
À l'issue de la représentation
 
En coproduction avec Le Colombier, la Compagnie Liria présente
P'TIT JEAN LE GEANT
 
Écriture et mise en scène de Simon Pitaqaj
Texte lauréat de l’Aide nationale à la création de textes dramatiques Artcéna
 
 

« Je viens d’un pays qui n’existe plus. Ce pays c’est la Yougoslavie. »

P’tit jean le Géant est un ancien général-criminel de guerre qui a fui son pays et qui a fait le choix de vivre comme un anonyme. Le voilà à Aubervilliers en dehors de la vie tumultueuse de Paris. Écouté par Brahim, le géant, il va prendre la posture d’un citoyen du monde pour s’affranchir de son passé. Pourtant, la lutte ne fait que s’intensifier entre sa vie antérieure et intérieure. Les horreurs qu’il a commises lui restent en travers de la gorge. Dévasté, il n’arrive ni à les digérer ni à les vomir. Les fantômes le hantent.
Dans son périple initiatique, le conte de P’tit Jean le géant viendra flouter la ligne entre réel et imaginaire. Les femmes y occupent une place importante. Elles sont les témoins de notre société et portent le poids des remords, des souvenirs. Ces femmes battantes, sont le symbole d’un combat toujours d’actualité ; celui de faire front ensemble dans la bataille vers la liberté, même dans l’adversité. Simon Pitaqaj raconte l’héritage de nos ancêtres, la guerre, la violence, le génocide qui est ancré dans notre peau, dans notre mémoire. Nous sommes conscients, nous luttons contre, mais nous sommes incapables de nous débarrasser de cette mémoire. Notre regard est tourné à la fois vers le passé et le futur. Cela fait de nous des hommes et femmes en transit. Incapables d’agir. Le futur est-il pour celui qui ose sortir de ce transit ?

 

Note d'intention / Simon Pitaqaj

J’ai quitté mon pays, à 15 ans, en plein conflit. Incapable de faire la guerre ou trop capable ? Enfant soldat ou enfant fuyard ? Un vrai combattant ou un vrai innocent ?
J’ai débarqué en France, en Seine-Saint-Denis, à Aubervilliers. J’y ai rencontré Ibrahim le géant, l’Algérien, un ancien basketteur international et comédien.
En 1995, il a fui le terrorisme et s’est installé en France. Nous sommes devenus amis.
Ibrahim, a-t-il fui le terrorisme ou l’État qui le combat ? Que cherche-t-il en Europe ? Pourquoi la France ?

Depuis trente ans que je vis en France, partout où je me retrouve on me renvoie à ces questions : qui suis- je, qui étais-je, d’où je viens, ai-je fait la guerre ? Ces questions résonnent en moi, me poursuivent, me font douter, je commence à vriller et me dis : peut-être qu’au fond de moi je suis un criminel ou que j’aurai pu le devenir ! Combien de fois (dans mes rêveries, peut-être) je me suis dit que j’aurais dû faire la guerre, aider mon pays, mon peuple, me venger des crimes commis, devenir un héros de l’UCK (l’armée de libération du Kosovo). Combien de fois j’ai dû dire aux gens qui m’entourent ou m’ont entouré que si j’étais resté là-bas j’aurais fait la guerre, je serais mort ou aurais assassiné le criminel Mladic et tous les bouchers des Balkans.
Ibrahim, mon alter ego, lui a fui le terrorisme dans son pays l’Algérie. Il a vu les massacres, la terreur, l’insupportable. Aujourd’hui, en France, il est soupçonné de terrorisme en raison de son nom, sa peau, ses origines. Ça résonne en lui, le poursuit, le fait douter, il commence à vriller et se dit : peut-être qu’au fond je suis un terroriste ou aurais pu le devenir...

L’idée d’unir ces deux trajectoires, de faire dialoguer ces deux personnages est née comme une nécessité le jour des attentats de Charlie hebdo. Avec Ibrahim nous étions en répétition du spectacle La Vieille Guerre, lorsqu’on nous apprend la nouvelle, terrible. Je me souviens de la colère monstre d’Ibrahim suivie de ces uniques parole : « j’ai fui les terroristes, j’ai fui mon pays et maintenant je me retrouve en plein dedans ». Ce sont des chaînes dont on n’arrive pas à se défaire.

J’ai voulu créer deux personnages dont le récit se mêle à la fiction. Deux personnes qui laisseraient entendre avoir commis des crimes, des actes barbares et qui ont fui leur pays pour construire une vie ailleurs, une vie anonyme. Deux personnages qui sont hantés de façon différente par leurs crimes ou ceux de leurs concitoyens. Deux personnages habités par les fantômes (ici les femmes) de leurs victimes ou de leurs proches martyrisés.
Nous sommes à la frontière entre des hommes banals et des monstres. À la frontière entre ceux qui agissent et ceux qui n’agissent pas, les actes des hommes et leurs conséquences.

 

Production Compagnie Liria
Coproduction Théâtre Le Colombier (Bagnolet), Théâtre de Corbeil-Essonnes
Soutiens Artcena (aide à la création), Spedidam, Région Ile-de-France, Département de l’Essonne, JTN, La Fonderie (Le Mans), Les Laboratoirs d’Aubervilliers, studio- théâtre d’Alfortville, l’amin théâtre - TAG

 

Simon Pitaqaj « P'tit Jean le Géant » from ARTCENA on Vimeo.

PARCOURS PUBLIC / Gratuit sur réservation

 

 

SAMEDI 15 MARS À 18H

 
Lecture de L'HOMME TRANSIT
Texte inédit de Simon Pitaqaj
 

L’homme transit est l’histoire de trois personnages.
L’enfant du pays, jeune, homosexuel, dynamique, issu des quartiers (les Tarterêts). Il est né en France et néanmoins a reçu une éducation de son pays d’origine, le Mali. Il est français, mais noir. Il ne se sent pas chez lui en France, notamment à cause du regard des autres, des français blancs. Il est révolté contre l’éducation de ses parents. Il veut rompre cette filiation, mais n’y arrive pas. Il est aussi révolté contre son pays de naissance.
L’ancien, un « bledard » désillusionné. Il vit en France depuis plus de cinquante ans et son regard est toujours tourné vers son pays d’origine (pays non défini). Il ne s’est jamais senti chez lui. Il a toujours vécu avec l’idée de rentrer un jour dans son pays d’origine. Il a l’impression de vivre avec « sa valise ». Il ne s’est jamais installé ni en France, ni dans so pays d’origine. Il est seul. Ses enfants ne suivent plus son envie, celle d’un futur retour. Il ne comprend plus ses enfants.
Le raciste blanc, jeune, dynamique, blanc, les yeux bleus. Il n’aime pas les noires. Il se sent déraciné dans son propre pays et ne se sent plus chez lui. Il ne peut pas supporter l’idée d’être au même niveau qu’un noir. Il a pourtant essayé de se rapprocher d’eux, de les connaître, de les comprendre mais il n’y arrive pas. II pense qu’ils doivent tous retourner dans leur pays. Pourtant, il est convaincu que la France a besoin d’eux.
Ces trois parcours de vie se croisent, s’entrelacent, se tissent de fil en aiguille. Les trois personnages se retrouvent dans cette incapacité d’agir, sont dans une situation sclérosée, ils vivent en transit. Ils voient leur avenir comme un gouffre. Ces trois parcours de vie racontent le quotidien d’une certaine France d’aujourd’hui.